Épicondylite latérale chez les nageurs : et si le repos n’était pas la bonne réponse ?

Une pathologie sous le radar des sportifs aquatiques

Chez les nageurs, l’épaule capte généralement toute l’attention médicale. Pourtant, l’épicondylite latérale (ce que l’on appelle couramment le « tennis elbow ») touche aussi les sportifs aquatiques, notamment ceux qui pratiquent la nage libre avec une respiration unilatérale répétée. Ce déséquilibre mécanique chronique, reproduit des milliers de fois à l’entraînement, favorise une tendinose progressive… qui reste paradoxalement très peu étudiée dans cette population spécifique.

Une étude publiée en mars 2026 dans la revue Medicina s’attaque directement à ce manque de données. Et ses résultats remettent en question une idée reçue : le repos passif n’est peut-être pas la meilleure réponse thérapeutique face à cette pathologie dégénérative.

Ce que les chercheurs ont testé

L’équipe a recruté 30 nageuses Masters (âge moyen : 46 ans) présentant une épicondylite latérale chronique, et les a réparties en deux groupes sur un protocole de 6 semaines à raison de 3 séances par semaine. Le groupe expérimental a réalisé un entraînement isocinétique excentrique bilatéral en mode actif contrôlé sur dynamomètre, exigeant un effort maximal. Le groupe contrôle a reçu un mouvement passif continu à vitesse identique, mais sans effort actif de la part des participantes.

Les résultats penchent clairement en faveur du renforcement actif. Le groupe ayant effectué le travail excentrique a montré des améliorations fonctionnelles importantes, avec des tailles d’effet cliniquement significatives sur l’endurance musculaire (d de Cohen = 1,31) et la puissance explosive (d = 1,20). Ces chiffres reflètent la capacité du travail excentrique à stimuler le remodelage du collagène tendineux par mécanotransduction, tout en corrigeant les déséquilibres neuromusculaires induits par des années de natation asymétrique.

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Des signaux encourageants, mais une preuve de concept à confirmer

Avant de modifier vos protocoles de rééducation, plusieurs nuances importantes s’imposent. Docmeup a analysé cette publication en détail, et notre évaluation de fiabilité des conclusions est moyenne. L’étude présente en effet des fragilités méthodologiques que les auteurs eux-mêmes reconnaissent honnêtement.

La principale : 5 patientes sur 30 ont abandonné le protocole, et l’analyse finale n’a pas suivi le principe de l’intention de traiter (ITT). En excluant ces participantes, l’échantillon final (n = 25) est passé sous le seuil de puissance statistique pré-calculé (n = 28), augmentant le risque d’erreur. À cela s’ajoutent un enregistrement rétrospectif du protocole sur le registre d’essais cliniques et un suivi limité à 6 semaines, ce qui est insuffisant pour conclure sur les effets à long terme.

Notre évaluation de l’impact sur la pratique clinique est donc faible à ce stade. Cela ne signifie pas qu’il faut écarter l’approche excentrique. Sa rationalité physiopathologique est solide et cohérente avec les connaissances actuelles sur la tendinopathie dégénérative. Mais il serait prématuré d’en faire un nouveau standard de soins sur la base de cet unique essai préliminaire. Les auteurs eux-mêmes adoptent une posture de prudence, en qualifiant leurs données d’exploratoires et en appelant à des essais multicentriques mieux conçus.

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Ce que les praticiens peuvent retenir

Pour les professionnels qui prennent en charge des sportifs aquatiques ou des tendinopathies de surmenage au coude, cette publication mérite d’être connue (avec un regard critique). Elle souligne notamment que l’évaluation du retour au sport devrait s’appuyer sur des tests de capacité fonctionnelle globale (endurance musculaire, puissance explosive) plutôt que sur la seule évaluation de la douleur ou de l’amplitude articulaire passive.

Elle pointe aussi une problématique clinique réelle et sous-documentée : les contraintes asymétriques liées à la pratique de la nage libre créent des déséquilibres neuromusculaires qui peuvent, à terme, favoriser des tendinopathies du coude, pas seulement de l’épaule. Une donnée utile à garder en tête lors du bilan initial de vos patients nageurs.

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Référence : Dhahbi W, Ghouili H, Ceylan HI, Adhadhi N, Bchini S, Bessifi M, Ceylan NB, Stefanica V, Ouerghi N, Hammami N. Eccentric Isokinetic Rehabilitation for Chronic Lateral Epicondylitis in Female Swimmers: A Randomized Controlled Trial of Bilateral Neuromuscular Adaptations and Functional Performance. Medicina (Kaunas). 2026 Mar 28. DOI: 10.3390/medicina62030494. PMID: 41901575. Mots-clés : athletic injuries, biomechanical phenomena, muscle contraction, physical therapy modalities, rehabilitation, resistance training, tennis elbow, upper extremity.

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