Cette analyse de la publication scientifique « The myofascial release as neuromotor support to improve the ineffective sucking ability in term infants: a preliminary study. » a été réalisée par l’équipe scientifique de Docmeup.
Difficultés de succion chez le nourrisson : un frein majeur à l’allaitement maternel
L’allaitement maternel exclusif est recommandé pendant les six premiers mois de vie. Pourtant, de nombreuses mères y renoncent précocement en raison de difficultés biomécaniques du nourrisson lors de la tétée.
Succion inefficace, mauvaise prise du sein, fatigue du nourrisson : ces problèmes sont fréquents et difficiles à gérer avec les seuls conseils standards. Arcusio et al. (2024) ont testé une approche différente : combiner un traitement ostéopathique par relâchement myofascial en maternité avec des facilitations neuromotrices (NF) enseignées aux parents pour la maison.
51 nouveau-nés, une intervention en deux temps
L’étude quasi-randomisée a inclus 51 nouveau-nés à terme (moyenne de 38,6 semaines de gestation) présentant une succion inefficace dans les 24 premières heures de vie (moins de 5 succions continues, scores POFRAS et LATCH anormaux). Le groupe intervention recevait un traitement ostéopathique myofascial à l’hôpital, complété par des facilitations neuromotrices que les parents apprenaient à réaliser à domicile. Le groupe contrôle bénéficiait des soins standards. Le suivi était réalisé à la sortie, à 7 jours et à 1 mois.
Les résultats à un mois sont frappants : 15 nourrissons du groupe intervention maintiennent un allaitement maternel exclusif, contre seulement 4 dans le groupe contrôle (p < 0,00001, NNT = 2,5). L’étude a été arrêtée prématurément à 51 participants au lieu des 350 initialement prévus, pour limiter le biais lié à l’implication d’un seul praticien expert pour l’évaluation et le traitement.
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Des résultats prometteurs, un niveau de preuve encore limité
Le design présente plusieurs failles qui tempèrent les conclusions. L’assignation alternée des patients (pseudo-randomisation) n’est pas une vraie randomisation et introduit un biais de sélection.
Aucun aveuglement des évaluateurs n’a été réalisé, et le groupe contrôle n’a pas bénéficié d’un traitement factice (sham), exposant les résultats à un possible effet Hawthorne. L’échantillon réduit (51 au lieu de 350 prévus) et l’absence d’intervalles de confiance limitent la précision de l’estimation de l’effet. Ces limites empêchent tout changement immédiat des pratiques cliniques sur la base de cette seule publication.
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Ce que vous pouvez en retenir
Cette étude offre un rationnel neurobiomécanique intéressant pour une approche interdisciplinaire des difficultés de succion néonatale. L’idée d’un relais entre l’intervention hospitalière et une autonomisation précoce des parents est conceptuellement pertinente. Mais l’impact sur la pratique reste faible à ce stade : cette publication constitue avant tout une preuve de concept, qui devra être confirmée par un essai contrôlé randomisé multicentrique et en double aveugle. Notre synthèse complète détaille les failles méthodologiques précises et les conditions dans lesquelles cette approche pourrait être explorée prudemment.
Référence : Andrea Arcusio, Maria Cristina Villa, Federica Felloni et al. The myofascial release as neuromotor support to improve the ineffective sucking ability in term infants: a preliminary study. Italian journal of pediatrics. Avril 2024. DOI: 10.1186/s13052-024-01611-2. PMID: 38580981. Mots-clés : Breastfeeding, Manual assessment, Myofascial release, Neonate, Osteopathy, Sucking-swallowing.



