La précarité d’emploi nuit-elle à la santé ? Étude sur 3339 travailleurs.

Cette analyse de la publication scientifique « Precarious employment and its associations with perceived stress and self-rated health: a Danish cross-sectional study » a été réalisée par l’équipe scientifique de Docmeup.

Peut-on mesurer la précarité d’emploi autrement qu’avec le seul critère du contrat ?

La précarité d’emploi est souvent réduite à sa dimension contractuelle : CDD, intérim, emplois précaires formels. Mais cette vision laisse de côté des travailleurs formellement en emploi stable qui vivent pourtant dans une insécurité réelle : revenus insuffisants, perspectives incertaines, manque de contrôle sur leurs conditions de travail.

C’est pour saisir cette réalité multidimensionnelle qu’une équipe de chercheurs danois a développé et testé un indice de précarité de l’emploi (PEI) spécifiquement adapté au contexte scandinave, caractérisé par un filet social particulièrement protecteur.

L’étude évalue si, même dans ce contexte, la précarité d’emploi reste associée à un stress perçu élevé et à une mauvaise santé auto-évaluée.

3 339 travailleurs, un risque quadruplé de stress élevé

L’étude croise les données de 3 339 salariés danois âgés de 18 à 45 ans, issus d’un échantillon national aléatoire (registres officiels). Les 15 % de travailleurs classés comme précaires par le PEI présentent un risque environ quatre fois plus élevé de stress perçu élevé (PSS-10 ≥ 18 ; OR ajusté ≈ 4,0) et un risque environ trois fois plus élevé de mauvaise santé auto-évaluée (OR ajusté ≈ 3,0). Ces associations sont les plus fortes dans la tranche 30-45 ans, et persistent après ajustement sur l’âge, le genre, l’éducation, le statut de cohabitation, l’ethnicité et les antécédents psychiatriques.

Les travailleurs les plus jeunes (18-24 ans) et ceux avec un niveau d’éducation plus faible affichent les scores de PEI les plus élevés.

LIRE AUSSI : Douleur chronique et stress psychosocial : les mécanismes que la cartographie 2025 met en lumière.

Des résultats robustes (et quelques faiblesses)

L’association entre précarité et santé dégradée est statistiquement robuste, mais deux limites méritent d’être nommées clairement.

Premièrement, le design est transversal : il est impossible d’établir la direction causale. On ne peut pas exclure que les problèmes de santé précèdent ou aggravent la précarité d’emploi. Deuxièmement, le taux de réponse est faible (15,3 %). Le processus d’échantillonnage initial via les registres nationaux est de grande qualité, mais ce taux expose à un biais de sélection important, les travailleurs les plus précaires étant probablement sous-représentés. Cela signifie que les associations observées pourraient même sous-estimer l’ampleur réelle du phénomène.

Par ailleurs, les résultats sont présentés uniquement en odds-ratios, sans différences de risque absolu, ce qui limite l’interprétation clinique et pratique des données.

LIRE AUSSI : La neuro-inflammation influence-t-elle la lombalgie nociplastique ? Ce que la littérature dit sur le lien stress-douleur.

Ce que les professionnels de santé au travail peuvent en retenir

Cette étude renforce la légitimité d’une surveillance systématique de la précarité d’emploi comme facteur de risque psychosocial, y compris dans des pays à protection sociale élevée. La création d’un indice local validé (PEI) ouvre la voie à un repérage plus fin et contextualisé pour les médecins du travail, ergonomes et gestionnaires RH.

Mais la transposition directe en protocole de suivi ou d’intervention demande d’abord des études longitudinales pour confirmer la causalité et quantifier les risques absolus.

Lire la synthèse complète

Synthétiser un document avec Docmeup


Référence : Poulsen PH, Vestergaard JM, Winding TN, Biering K, Andersen JH. Precarious employment and its associations with perceived stress and self-rated health: a Danish cross-sectional study. International archives of occupational and environmental health. mai 2026. DOI: 10.1007/s00420-026-02213-7. PMID: 42159638. Mots-clés : Employment precariousness, General health, Multidimensional index, Stress.

Articles récents :