Fausses citations scientifiques : 4 046 cas détectés

Les fausses citations scientifiques se multiplient à l’ère de l’intelligence artificielle. Une référence peut sembler crédible, comporter des auteurs, un titre de revue et même un DOI plausible… sans jamais avoir existé.

Un audit publié dans The Lancet le 7 mai 2026 a analysé 2,5 millions d’articles biomédicaux. Il a identifié 4 046 références fabriquées dans 2 810 publications, avec une nette accélération du phénomène depuis le milieu de l’année 2024.

Cette hausse ne prouve pas que l’IA est responsable de chaque citation fictive. Elle révèle néanmoins un risque concret pour toutes les personnes dont les décisions reposent sur la littérature scientifique : comment vérifier qu’une source existe réellement et qu’elle soutient bien l’affirmation avancée ?

Fausses citations scientifiques : une hausse de plus de 12 fois en trois ans

Les chiffres de Topaz et ses collègues sont nets.

Sur les 7 premières semaines de 2026, environ 1 article sur 277 citait une référence inexistante. Ce taux était de 1 sur 458 en 2025, et de 1 sur 2 828 en 2023.

Au total, l’audit a identifié 4 046 références fabriquées réparties dans 2 810 articles.

Rapporté au volume de publication, cela représente une hausse de plus de 12 fois en trois ans : d’environ 4 citations fictives pour 10 000 articles en 2023 à près de 57 début 2026.

Point important : l’accélération la plus marquée débute mi-2024. Elle coïncide avec la diffusion massive des outils d’écriture assistée par IA, une fois pris en compte le délai de 100 à 200 jours entre soumission et publication. Cette concomitance est forte, mais elle ne permet pas d’attribuer mécaniquement chaque référence fabriquée à l’IA : paper mills, fraude intentionnelle et erreurs humaines peuvent aussi y contribuer.

Comment l’audit a été mené

La méthode aide à comprendre la portée exacte des résultats.

L’équipe a analysé le sous-ensemble Open Access de PubMed Central, de janvier 2023 à février 2026, soit 125,6 millions de références.

  • Seules les 97,1 millions de références dotées d’un identifiant résoluble, notamment PMID ou DOI, ont pu être vérifiées, soit environ 77 % du corpus.
  • Les 23 % restants principalement des sites web, des livres et de la littérature grise ont été exclus.
  • Les enregistrements bibliographiques étaient récupérés via PubMed et Crossref, puis chaque référence était confrontée à quatre bases indépendantes : PubMed, Crossref, OpenAlex et Google Scholar.
  • Une citation introuvable dans ces quatre bases était classée comme fabriquée.

Des filtres ont été appliqués en amont pour écarter les faux positifs liés aux titres abrégés ou mal orthographiés.

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Pourquoi c’est un risque concret pour vos décisions

Une référence n’est pas un détail bibliographique. Elle est une promesse implicite : celle qu’une source vérifiable existe et soutient l’affirmation avancée.

Quand cette promesse est fausse, toute la chaîne de preuve se fragilise.

Le risque est particulièrement sensible sur deux terrains :

  • Les recommandations cliniques. Si une recommandation de pratique clinique s’appuie sur des travaux fictifs, la base scientifique d’une décision de soin peut être fragilisée. À titre d’exemple, les auteurs signalent un article dont 18 des 30 références vérifiées étaient fabriquées.
  • Les revues de synthèse. Leur taux de références fabriquées était 57 % supérieur à celui des autres types d’articles, alors qu’il s’agit précisément des publications censées faire autorité pour établir un état des connaissances.

Autre point de vigilance : au moment de l’audit, plus de 98 % des articles concernés n’avaient fait l’objet d’aucune action éditoriale. La correction ne suit pas encore la détection.

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Ce que l’étude ne permet pas encore d’affirmer

Plusieurs limites invitent à interpréter les résultats avec prudence :

  • Il s’agit d’une lettre de recherche, au format court, et non d’une étude complète avec l’ensemble de l’appareil méthodologique associé.
  • Le protocole mesure la précision, mais pas le rappel : certaines références fictives ont donc pu échapper aux filtres. Les 4 046 cas détectés constituent vraisemblablement une estimation minimale parmi les références analysables.
  • Le périmètre se limite au sous-ensemble Open Access de PubMed Central, et non à l’ensemble de PubMed. De plus, 23 % des références ont été exclues faute d’identifiant exploitable. L’étude ne permet donc pas d’estimer précisément la prévalence du phénomène dans l’ensemble de la littérature biomédicale.
  • L’audit repose lui-même sur un système assisté par IA, validé sur un échantillon d’enregistrements. Plusieurs spécialistes de l’intégrité scientifique, notamment chez Cochrane et Northwestern, jugent les résultats sérieux, mais appellent à davantage de transparence sur la validation et la reproductibilité.
  • Enfin, l’étude ne distingue pas les références centrales aux conclusions de celles qui sont accessoires, une nuance importante lorsqu’il s’agit de décider d’une correction ou du retrait d’un article.

À retenir : 91 % des articles concernés ne comportaient qu’une ou deux références fabriquées, ce qui plaide, selon les auteurs eux-mêmes, pour une réponse graduée plutôt qu’un retrait systématique.

Ce que cela implique pour votre veille

La leçon opérationnelle est claire : à l’ère de l’IA générative, la traçabilité n’est plus une option de confort, c’est une exigence de fiabilité.

Face au risque de citations inexistantes, quelques contrôles simples permettent de sécuriser une veille scientifique :

Comment vérifier une référence scientifique

  1. Rechercher l’identifiant de la publication. Un DOI ou un PMID doit renvoyer vers un enregistrement correspondant au bon titre, aux bons auteurs et à la bonne revue.
  2. Croiser plusieurs bases. PubMed, Crossref, OpenAlex ou Google Scholar permettent de vérifier l’existence réelle de la publication.
  3. Ouvrir la source primaire. L’existence d’un article ne garantit pas qu’il soutient réellement l’affirmation à laquelle il est associé.
  4. Contrôler son statut éditorial. Une correction, une expression de préoccupation ou une rétractation peut avoir été publiée.
  5. Conserver une traçabilité. Chaque affirmation importante doit pouvoir être reliée à la source primaire qui la justifie.

C’est précisément l’enjeu auquel répond docmeup : accélérer la veille scientifique sans sacrifier la vérification. L’IA facilite la collecte, le tri et la structuration de la littérature ; l’expertise humaine permet, à la demande, de vérifier et de valider les points les plus critiques.

Pour les équipes qui doivent produire un état de l’art fiable, l’objectif est simple : gagner jusqu’à 80 % de temps de lecture, tout en conservant une traçabilité native entre chaque affirmation et sa source primaire.

Dans un contexte où une citation peut désormais être plausible et inexistante, sécuriser sa veille n’est plus un luxe.


Références :

Topaz M, Roguin N, Gupta P, Zhang Z, Peltonen L-M. Fabricated citations: an audit across 2·5 million biomedical papers. The Lancet. 2026;407:1779–1781. Publié en ligne le 7 mai 2026. DOI : 10.1016/S0140-6736(26)00603-3 : https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(26)00603-3/fulltext 

Columbia University School of Nursing / EurekAlert : communiqué officiel de l’étude (7 mai 2026), source de référence pour le chiffre de 4 046 citations : https://www.eurekalert.org/news-releases/1127364

Nature : Naddaf M., Surge in fake citations uncovered by audit of 2.5 million biomedical-science papers (13 mai 2026), incluant la correction de périmètre (PMC Open Access) : https://www.nature.com/articles/d41586-026-00748-w

Retraction Watch : One in 277 PubMed-indexed papers in 2026 shows fabricated references (7 mai 2026), pour les réserves méthodologiques de Cochrane (E. Flemyng) et de M. Hosseini : https://retractionwatch.com/2026/05/07/one-in-277-pubmed-indexed-papers-in-2026-shows-fabricated-references-says-analysis/

CITADEL / Max Topaz : site interactif de l’étude : https://www.maxtopaz.com/citadel

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