Urodynamique avant chirurgie de prolapsus : un risque de surdiagnostic ?

Cette analyse de la publication scientifique « Preoperative urodynamics and the risk of overdiagnosis and overtreatment of occult urinary incontinence in continent women with advanced pelvic organ prolapse » a été réalisée par l’équipe scientifique de Docmeup.

Un examen de plus avant l’opération : utile, ou contre-productif ?

Avant une chirurgie de prolapsus génital avancé, faut-il systématiquement réaliser un bilan urodynamique pour traquer une incontinence urinaire cachée ? La question est loin d’être théorique. L’incontinence urinaire de novo après chirurgie du prolapsus est une complication fréquente et redoutée, qui peut gâcher le bénéfice d’une intervention par ailleurs réussie.

Détecter une incontinence dite occulte, invisible tant que le prolapsus comprime l’urètre, peut conduire le chirurgien à poser une bandelette sous-urétrale dans le même temps opératoire, pour prévenir ce risque. L’intention est bonne. Mais cette détection supplémentaire améliore-t-elle réellement le résultat pour la patiente, ou ajoute-t-elle surtout des actes inutiles ? Une équipe brésilienne a confronté cette pratique aux faits, sous l’angle du surdiagnostic et du surtraitement.

226 femmes, deux stratégies comparées

L’étude est une cohorte rétrospective portant sur 226 femmes opérées entre 2015 et 2020 pour un prolapsus avancé (stades III à IV), toutes continentes au départ, dans un centre universitaire. Parmi elles, 102 ont eu un bilan urodynamique préopératoire, les autres non. La décision de réaliser l’examen était laissée à l’appréciation du chirurgien.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’urodynamique a révélé une incontinence occulte chez environ 21 % des femmes du groupe testé. Conséquence directe : nettement plus de bandelettes posées, 26,5 % des cas contre 0 % dans le groupe sans urodynamique. Plus d’examens, donc, et plus d’actes chirurgicaux. Pourtant, au final, le taux d’incontinence urinaire de novo à trois mois était quasiment identique dans les deux groupes, autour de 9 %. Même résultat fonctionnel, pour des prises en charge très différentes en intensité.

Il faut saisir l’enjeu de la bandelette pour comprendre la portée du résultat. Poser un sling n’est pas anodin : c’est un geste chirurgical supplémentaire, avec son propre cortège de risques potentiels (troubles mictionnels, douleurs, complications liées au matériel). L’ajouter «par précaution» n’a de sens que s’il réduit vraiment l’incontinence postopératoire. Or ici, l’écart entre les deux groupes (8,8 % contre 9,6 %) n’atteint pas le seuil de signification statistique. Autrement dit, l’effort chirurgical supplémentaire ne se traduit par aucune différence mesurable sur le critère qui compte pour la patiente.

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Pourquoi ces résultats appellent à la prudence

Le message semble fort, mais l’étude impose ses propres limites, et elles sont importantes. Elle est rétrospective et monocentrique. Surtout, comme le choix de réaliser l’urodynamique dépendait du chirurgien, les deux groupes n’étaient pas vraiment comparables au départ : les femmes du groupe urodynamique présentaient par exemple davantage d’urgenturie. Ce biais de sélection brouille la comparaison.

Aucun ajustement statistique multivarié ni appariement n’a corrigé ces écarts, ce qui fragilise l’analyse causale. Nous qualifions donc la fiabilité de ces conclusions de moyenne. La piste est cohérente, cliniquement parlante et va dans le sens d’autres travaux sur le surdiagnostic, mais elle a besoin d’essais prospectifs randomisés pour être confirmée. C’est un signal d’alerte solide, pas encore une démonstration définitive.

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Ce que ça change pour votre pratique

Chez une femme continente avec prolapsus avancé, l’examen clinique suffit le plus souvent pour planifier la chirurgie. L’urodynamique systématique expose, elle, à un enchaînement classique : on cherche, on trouve, on traite, sans qu’au bout du compte la patiente en tire un bénéfice démontré à court terme. C’est la définition même du surtraitement.

L’enjeu n’est pas de bannir l’urodynamique, mais de la réserver à des indications mieux ciblées, là où elle modifie réellement la décision. Ce raisonnement vaut pour le confort de la patiente, qui évite un acte de plus, comme pour les coûts de santé. En attendant des études prospectives, des critères de sélection plus stricts semblent la voie la plus raisonnable.

Ce cas illustre un mécanisme bien connu en médecine : plus on cherche, plus on trouve, et ce qu’on trouve n’appelle pas toujours un traitement. La détection d’une anomalie n’a de valeur que si la traiter change la trajectoire du patient. Garder cette boussole en tête aide à résister à la tentation de l’examen «au cas où».

Si vous êtes urologue, gynécologue, chirurgien pelvien ou chercheur et que la juste indication des examens guide votre veille, Docmeup synthétise les publications clés avec rigueur et des sources toujours vérifiables.

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Référence : Susane Mei Hwang, Luis Gustavo Morato de Toledo, Silvia da Silva Carramão et al. Preoperative urodynamics and the risk of overdiagnosis and overtreatment of occult urinary incontinence in continent women with advanced pelvic organ prolapse. World journal of urology. mai 2026. DOI: 10.1007/s00345-026-06404-2. PMID: 42101671. Mots-clés : urodynamic, pelvic prolapse.

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